CAN 2025:  Il espère un retour de l’Algérie au premier plan

CAN 2025: Il espère un retour de l’Algérie au premier plan

Mehdi Tahrat : «Il y a une belle équipe, avec des joueurs d’expérience et beaucoup d’espoir»

Vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations avec l’Algérie en 2019, Mehdi Tahrat s’attend à retrouver les Fennecs en haut de l’affiche lors de la CAN 2025. Alors qu’il termine actuellement sa carrière en Thaïlande, le défenseur central de 35 ans livre ses impressions sur la sélection algérienne

Mehdi Tahrat, comment appréhendez-vous cette CAN 2025 pour l’équipe d’Algérie?

Sous l’ère Belmadi, on a eu une belle période et comme le football est cyclique, il y a eu ensuite une phase de déclin. Là, on est dans une nouvelle ère depuis l’arrivée du nouveau coach (Vladimir Petkovic, en février 2024, NDLR). Il y a de nouveaux visages qui sont venus composer cette sélection. J’espère pour l'Algérie que ça va se retranscrire rapidement par de grosses performances et des titres. En tant qu’ancien international algérien, je suis l’un des premiers supporters, donc je leur souhaite le meilleur. Lors des deux dernières CAN, on n’a pas été performants (éliminations au premier tour, NDLR), mais là on démarre un nouveau cycle. On s’est qualifiés pour la Coupe du monde 2026. Il y a une belle équipe, avec des joueurs d’expérience et beaucoup d’espoir. Tous les ingrédients sont là pour pouvoir performer. Je suis très optimiste.

«Je pense qu’on est sorti de cette période de doutes »

Les échecs des CAN précédentes, sans aucune victoire de l’Algérie, sont-ils digérés aujourd’hui?

Ça fait quand même un moment que Vladimir Petkovic a repris la sélection. Il a reconstruit une équipe. Il a apporté beaucoup de nouveaux visages, en rajeunissant l’effectif. Il fallait du changement et le coach a travaillé dans ce sens-là. L’équipe a mis un peu de temps à prendre ses marques, mais au fil des performances, on a senti que la confiance revenait. Il y a toujours certains anciens joueurs, comme Riyad Mahrez ou Aïssa Mandi, qui sont là pour apporter de l’expérience. On a des hommes en forme, comme Mohamed Amoura et des jeunes talents comme Jaouen Hadjam, Ibrahim Maza ou Anis Hadj Moussa, que j’aime beaucoup. On a tout pour bien figurer à la CAN, puis à la Coupe du monde. Je pense qu’on est sorti de cette période de doutes. Après, autour de la sélection algérienne, il y a une pression énorme. Parce qu’il y a un peuple qui aime le football et qui est à fond derrière son équipe, donc forcément il y a de l’exigence. Il va falloir gérer cette pression, c’est le point le plus difficile pour l’équipe d’Algérie. Mais je pense qu’ils ont la qualité nécessaire pour y arriver.

«Par rapport aux autres équipes, on sera un peu moins attendus et ça peut être une bonne chose pour nous »

 

Le statut d’outsider peut-il être bénéfique pour l’Algérie lors de cette CAN ?

Oui, ça peut être quelque chose de positif. Après la CAN 2019 qu’on a remportée en Égypte, sachant qu’on était en parallèle sur une série d’invincibilité importante, on était une équipe attendue. On parlait beaucoup de l’Algérie, on était au premier plan. Et peut-être que la pression fait qu’à un moment donné, ça joue dans les têtes. Aujourd’hui, on arrive plus dans une position d’outsider. Il n’y aura pas moins d’attente parce que les supporters de l’équipe d’Algérie ont des exigences, et vu la qualité de cet effectif, c’est légitime. Mais peut-être que par rapport aux autres équipes, on sera un peu moins attendus et ça peut être une bonne chose pour nous.

«Il fallait amener du sang neuf parce qu’on était dans une phase de déclin. Petkovic a su le faire »

Quel regard portez-vous sur le travail de Vladimir Petkovic?

On se pose toujours des questions lors de l’arrivée d’un nouveau sélectionneur, mais au final, je pense que les résultats valident ses choix. Il a rempli des objectifs importants avec les qualifications pour la Coupe d’Afrique des nations et la Coupe du monde. Les nouveaux visages qu’il a fait venir, je trouve ça cohérent. A côté de ça, on a toujours des plus anciens qui apportent de la structure à l’équipe. Il fallait amener du sang neuf parce qu’on était dans une phase de déclin. Il a su le faire. Au niveau tactique, le coach a essayé différentes choses, mais il y a quand même une ossature qui se dessine clairement. Maintenant, il faudra voir comment on va performer lors de cette CAN. J’espère qu’on va pouvoir répondre présent.

«Pour performer dans une compétition, il faut être solide défensivement donc ça sera un enjeu important lors de la CAN »

L’Algérie semble avoir gagné en solidité défensive lors de ses dernières sorties…

Clairement. Et ça s’est retranscrit dans les résultats. Ça a été l’un de nos points faibles à un moment donné, on encaissait trop régulièrement des buts. Mais lors des derniers matchs, on a montré de la solidité. A ce niveau-là, il y a eu une grosse progression au fil des mois. Pour performer dans une compétition, il faut être solide défensivement donc ça sera un enjeu important lors de la CAN.

«Si Riyad a envie d’évoluer à son meilleur niveau et qu’il fait le nécessaire pour performer, il sera au rendez-vous »

En tant que capitaine, Riyad Mahrez, que vous avez bien connu en sélection, sera très attendu durant la compétition...

Riyad aime l’Algérie, ça c’est une certitude. Je suis persuadé qu’il va vouloir être à son meilleur niveau. Moi, j’ai connu le championnat saoudien (Riyad Mahrez évolue à Al-Ahli depuis l’été 2023, NDLR), et j’ai suivi son évolution ces dernières années. C’est un championnat qualitatif et relevé, malgré ce que certains peuvent penser. Pour ses performances personnelles, ce ne sera pas un frein. Certains diront que ce n’est plus comme quand il était à Manchester City, mais je ne suis pas d’accord avec ça. Ça ne tiendra qu’à lui. Si Riyad a envie d’évoluer à son meilleur niveau et qu’il fait le nécessaire pour performer, il sera au rendez-vous. Je connais son état d’esprit. On l’a jugé aussi quand on était dans une phase de déclin. Là, c’est un nouveau cycle. Et j’espère que ça lui permettra d’apporter tout son talent.

«On a des gardiens avec beaucoup de qualité. Ils vont avoir beaucoup de pression parce qu’il va falloir remplacer M’Bolhi dans la durée »

Que pensez-vous de l’intégration récente de Luca Zidane?

Je ne suis pas un spécialiste du poste de gardien, mais je trouve que c’est un clin d’œil sympathique pour l’Algérie par rapport à son papa. On a un Zidane en sélection algérienne, c’est toujours agréable. Je pense qu’on a des gardiens avec beaucoup de qualité. Ils vont avoir un grand rôle à jouer, avec beaucoup de pression parce qu’il va falloir remplacer Raïs M’Bolhi dans la durée. J’espère qu’ils seront à la hauteur, peu importe celui qui joue.

Quels souvenirs gardez-vous du sacre lors de la CAN 2019 en Égypte?

Ce sont des moments qui resteront gravés à jamais. J’ai eu la chance de pouvoir faire partie de cette aventure. A notre retour en Algérie, on a été accueillis dans des conditions qui étaient juste magiques. Ça a été des moments inoubliables pour nous, pour nos familles et pour le peuple. Ça a permis d’apporter cette deuxième étoile sur le maillot. Derrière, j’ai eu la chance de vivre un autre sacre à la Coupe arabe des nations. Ce sont des choses qu’on apprécie, forcément. On avait un super groupe. On a vécu des moments incroyables sur le terrain et en dehors. Le temps passe vite, parce que c’était déjà il y a bientôt sept ans... Je souhaite aux nouveaux joueurs de vivre la même chose dans les mois à venir.

«Quand tu joues pour l’Algérie, tu dois performer, parce que c’est notre pays, notre fierté, et on doit le représenter dignement »

Comment ressent-on la ferveur des supporters algériens lorsqu’on porte le maillot de la sélection?

En tant qu’Algérien, quand on connaît notre histoire, avec une indépendance qui a été obtenue avec le sang, on a une fierté et un amour particulier pour notre pays. Et cet amour-là se retranscrit dans n’importe quelle compétition, à chaque fois que l’Algérie est représentée. La ferveur est très importante autour des athlètes et particulièrement dans le football. En tant que joueur, ça peut être source de pression ou un élément transcendant. Mais quand tu portes le maillot de l’Algérie, tu es prêt à mourir sur le terrain. Tu veux rendre la pareille à tous ces gens qui te supportent, donc tu as presque une sur-motivation. Avec le temps, tu apprends à gérer ce type de pression et il n’en reste que l’aspect positif. Quand tu joues pour l’Algérie, tu dois performer, parce que c’est notre pays, notre fierté, et on doit le représenter dignement. C’est difficile à expliquer mais nous, en tant qu’Algériens, on sait de quoi on parle (sourire).

Depuis l’été dernier, vous évoluez en Thaïlande, au Kanchanaburi FC. Comment se passe votre expérience là-bas?

Je vais avoir 36 ans en janvier. J’approche de la fin de ma carrière. J’ai eu une dernière expérience en France (à Troyes, NDLR) lors de laquelle je ne me suis pas vraiment épanoui. Je voulais retrouver cette notion de plaisir. L’Asie est un continent que j’apprécie beaucoup, donc l’idée de venir dans un pays que j’affectionne me plaisait. J’ai eu la chance de pouvoir rejoindre un club de première division. J’ai été agréablement surpris par le niveau local. Et en termes de qualité de vie pour ma famille, ça correspond totalement. On joue au foot dans un cadre magnifique. Je suis à Kanchanaburi, dans une zone à l’ouest du pays où il n’y a pas la mer, mais qui est réputée pour ses coins de nature majestueux avec des montagnes, des cascades et une végétation à couper le souffle. Je découvre une autre facette de la Thaïlande. Il y a un peu plus de simplicité, moins de pression. Les gens sont très accueillants. Pour finir ma carrière, c’est une expérience qui me plaît beaucoup. Il n’y a que du positif.

Cette saison sera-t-elle la dernière de votre carrière?

En tant que musulman, je ne me projette pas trop loin parce qu’on ne sait pas de quoi demain est fait. Pour l’instant, j’essaie de profiter pleinement de cette expérience sans trop penser à la suite. Je sens que mon corps est toujours capable de répondre aux attentes, mais la récupération commence à devenir difficile avec l’âge. Et puis j’ai passé beaucoup de temps loin de mes parents, de mes frères et sœurs ou de mes amis durant ma carrière. J’ai envie de les retrouver pour passer du temps avec eux. J’arrive un peu au bout de mon expérience de footballeur. J’ai signé pour un an en Thaïlande. Je pense que ce sera ma dernière saison, même si on ne sait jamais…

Que pensez-vous faire lorsque vos crampons seront rangés?

Je suis quelqu’un de raisonné donc je prépare en parallèle mon après-carrière. Il est probable que je reste dans le monde du football. A bientôt 36 ans, j’ai vécu pas mal de choses. Tous les métiers autour du terrain, comme entraîneur, ça ne m’intéresse pas. Après, il y a le poste de directeur sportif qui me plaît, avec ses responsabilités et ses enjeux. Je prends plaisir à côtoyer des jeunes joueurs, les conseiller et les suivre dans leur progression. On verra bien ce qui se passera le jour où j’arrêterai...