Djamel, le premier Zidane

Djamel, le premier Zidane

Il y a eu Djamel avant Zinédine. Si les deux hommes n'ont aucun lien de parenté, leur nom a marqué l'histoire du football sur les deux rives de la Méditerranée. En attendant, peut-être que Luca perpétue l'héritage prestigieux de ce patronyme.

En effet, le gardien franco-algérien, fils de la légende de l'équipe de France Zinédine Zidane, a été convoqué jeudi par l'Algérie en vue des deux derniers matches de qualification pour le Mondial 2026, contre la Somalie et l'Ouganda. Bien avant l'éclosion du Ballon d'Or 1998, l'Algérie avait pu admirer son Zidane dans les années 80. Si la sélection nord-africaine a été symbolisée par un trio magique - Salah Assad, Rabah Madjer et Lakhdar Belloumi -, elle recelait en sein un nombre incalculable de talents dont un certain Djamel Zidane. Gaucher percutant, ailier ou meneur de jeu, le natif d'Alger avait été le détonateur de la victoire historique de l'Algérie contre l'Allemagne le 16 juin 1982 (2-1), notamment en étant à l'origine du premier but de Rabah Madjer. Facilement identifiable à sa crinière dense et sa moustache, Djamel Zidane démarre son histoire avec les Fennecs en 1976 contre l'Albanie (4-2). Il va retrouver l'Algérie quelques années plus tard au moment où elle atteint des sommets dans le jeu. Auteur d'un but décisif le 10 octobre 1981 à Lagos face au Nigeria (2-0), lors des qualifications pour la Coupe du monde 1982 en Espagne, Djamel Zidane composte son billet pour une participation historique à la compétition planétaire.

« Je me souviens de vous, vous aviez plus de cheveux à l'époque, je regardais les matches à la télé, j'avais 10 ans »

Âgé de 28 ans à ce moment-là, il est au pic de sa carrière. Élu meilleur joueur du Championnat d'Algérie en 1976 sous le maillot de l'USM Alger, il doit dans l'absolu attendre 28 ans pour pouvoir embrasser une carrière à l'étranger. Ainsi étaient les lois du pays pour les joueurs de football, considérés comme un patrimoine national en Algérie. Mais, à 21 ans, Djamel réussit à dribbler cet écueil : il s'inscrit comme étudiant à la faculté de Paris 8 afin de pouvoir quitter le territoire national. La Fédération algérienne donne son accord pour qu'il puisse continuer à jouer au football. Mais seulement dans un club amateur. Il signe donc à Corbeil-Essonnes en Troisième Division en 1976, avant d'enchaîner jusqu'en 1980 dans des divisions inférieures en France et en Belgique... Son talent explose finalement à Courtrai (D1) où il obtient même le titre de meilleur étranger du Championnat. Au club, personne ne l'a oublié... Un hommage en forme de reportage est encore disponible sur le site du club : « Djamel Zidane, idole d'une icône » où il est considéré comme le « meilleur joueur de football que le KV Kortrijk (Courtrai) ait jamais eu ».

Rencontre avec Zinédine à Clairefontaine en 2002

En 1986, il est de nouveau de la fête au Mexique avec l'Algérie. Très bon contre l'Irlande du Nord (1-1), il trompe la légende Pat Jennings d'un coup franc qui restera comme son unique but en Coupe du monde. Une compétition qu'il va jouer sous les yeux d'un certain Zinédine Zidane devant sa télé à Marseille. Clin d'oeil de l'histoire. Les deux hommes se sont rencontrés en 2002. Zizou a ouvert les portes de Clairefontaine à Djamel dont le rêve était de voir le meilleur joueur du monde, au patronyme similaire. Le Parisien nous raconte la scène dans ses colonnes. C'est devant les marches du château de Clairefontaine, où les Bleus préparaient leur match amical face à la Russie, que les deux hommes ont pu se voir. Ils ont échangé des cadeaux : un trophée et un maillot algérien pour Zizou, des posters dédicacés pour ses visiteurs : « Je me souviens de vous, vous aviez plus de cheveux à l'époque, a lancé notre Zizou national à son aîné, qui n'a strictement aucun lien de parenté avec lui. Je regardais les matches à la télé, j'avais 10 ans. » Djamel et Zinédine partageront désormais peut-être un jour le même téléviseur pour regarder Luca jouer dans les buts des Fennecs.