Elle raconte l’emprise dont elle a été victime de la part de ses anciens entraîneurs

Elle raconte l’emprise dont elle a été victime de la part de ses anciens entraîneurs

Nemour : « Meurtrie par une énième humiliation, j’agissais tel un robot »

La championne olympique de gymnastique Kaylia Nemour publie dans un livre (« L’Ombre de l’or »), de nouvelles révélations sur l’emprise dont elle a été victime de la part de ses anciens entraîneurs du club d’Avoine-Beaumont (Indre-et-Loire). Dimanche 4 août 2024. Arena Bercy, Jeux olympiques. Kaylia Nemour monte sur la plus haute marche du podium et croque l’or à pleine dent. Une victoire historique pour l’Algérie et l’Afrique. Mais en mai 2025, elle quitte son club d’Avoine-Beaumont (Indre-et-Loire) à cause des méthodes de ses anciens entraîneurs Marc et Gina Chirilcenco qu’elle ne « cautionne plus ». « « J’ai besoin de parler à cause des rumeurs et des mensonges qui sont véhiculés par l’entourage de mon ancien club. Pourtant, je pensais être partie en bons termes, sans avoir à me justifier… », avait-elle dit à L’Equipe . Quelques mois plus tard, la jeune gymnaste de 18 ans raconte dans un livre son emprise dont elle dit avoir été victime de la part de ces mêmes entraîneurs. Son récit (« L’Ombre de l’or », aux éditions Alisio) paraît ce jeudi 4 décembre 2025.

« Je reste traumatisée par toutes ces souffrances »

Violences physiques, entraînements militaires, humiliations, Kaylia Nemour décrit ce qu’elle a vécu. « Je reste traumatisée par toutes ces souffrances, par toutes ces fois où, après m’avoir virée de l’entraînement et envoyée dans les vestiaires, Marc (Chirilcenco) m’obligeait à revenir pour aller m’excuser auprès de chaque entraîneur, un par un, de ne pas avoir réussi mes exercices. Meurtrie par une énième humiliation, j’agissais tel un robot », livre-t-elle.

« J’ai compris qu’on pouvait faire de la gym par plaisir »

Son régime alimentaire aussi, était militaire. Entre angoisses et maux de ventre. « Mon esprit et mon corps vacillent et manifestent des signes inquiétants de saturation, écrit-elle.  L’épuisement me plonge dans la déprime, et je me sens d’autant plus vulnérable aux blessures. » Désormais entraînée par Nadia Massé, Kaylia Nemour a obtenu deux médailles mondiales : l’or aux barres et l’argent à la poutre. Une nouvelle vie à Dijon qui l’anime : « J’ai compris qu’on pouvait faire de la gym par plaisir, accorde-t-elle au Parisien . Si vous saviez combien je kiffe la vie aujourd’hui ! »

Le couple Chirilcenco nie toutes accusations

En juillet dernier, la gymnaste était sortie du silence dans les colonnes de L’Équipe : « On était tellement tous sous emprise… Les filles, les parents. Quand tu es là-bas, tu ne sais pas, tu ne vois pas… Et comme on n’a vécu que ça, toute notre vie, ça nous semble normal. La phrase préférée de Marc et Gina, c’est : ’’La gym de haut niveau, c’est comme ça.’’ Mais je sais maintenant que ce n’est pas le cas, qu’on peut réussir dans un environnement plus serein. »

« Quand les athlètes français célèbrent leurs médailles sur les plateaux des médias, Marc et Gina s’attendent eux à ce que je regagne ma chambre » 

Kaylia Nemour relate la soirée qui a suivi son sacre olympique, à Paris. Extraits. "Quand le bus nous dépose au village olympique, je retrouve ma solitude, celle imposée par mes coachs. Quand les athlètes français célèbrent leurs médailles dans les boîtes parisiennes ou sur les plateaux des médias, Marc et Gina s’attendent eux à ce que je regagne ma chambre." La page suivante : "Comment, moi, jeune fille de 17 ans qui aime tellement la vie, la fête, les gens, j'ai pu accepter de passer cette soirée toute seule dans ma chambre, alors qu'à quelques kilomètres de moi, mes proches célébraient ma victoire ?" Sans parler du quotidien, des cris, des humiliations, des punitions, des violences physiques, parfois.

«J’ai retrouvé le goût de l'entraînement et des ambitions à Dijon » 

Kaylia Nemour se confie aussi pour la première fois sur les raisons de son arrivée à Dijon et sa nouvelle vie. Depuis août 2025, l'athlète a posé ses valises en Bourgogne, à Dijon, pour entamer un projet auprès de sa nouvelle entraîneure, Nadia Massé, salariée à l'Alliance Dijon Gym 21. À l'occasion de cette publication, elle esquisse pour la première fois sa nouvelle vie dans la cité des Ducs auprès d'ICI Bourgogne. Aujourd'hui, l’athlète algérienne savoure "la quiétude de [s]on club" dijonnais, écrit avoir retrouvé "le goût de l'entraînement et des ambitions". En ligne de mire, les prochains Jeux Olympiques, à Los Angeles, en 2028. Avec d'ici là, un objectif, celui d'être encore meilleure. En se préparant dans un tout autre environnement. Alors, à quoi ressemble sa vie dijonnaise, une ville dont elle aime "vraiment la "vibe"" ? Il y a bien sûr un petit peu de gym. Un petit peu beaucoup, avec deux entraînements quotidiens, matin et après-midi, dans son "nouveau fief" comme elle l'appelle, le gymnase des Marmuzots à Montchapet : "J'y ai toutes les conditions pour performer." Il a d'ailleurs fallu faire quelques aménagements pour y accueillir une championne olympique. "Des poutres ont été ajoutées, et des barres (asymétriques). Il était important d'avoir des équipements de plusieurs marques différentes en fonction des compétitions" explique-t-elle.

Ses petites habitudes dans le centre-ville

Une grande photo de la gymnaste trônera très bientôt face aux barres sur un mur du gymnase. Toute première empreinte de la néo-dijonnaise ici. Elle prend peu à peu ses marques et commence à avoir ses petites habitudes, dans le centre-ville notamment : "Il y a de tout, et des petits cafés. J'adore. Il y a aussi des magasins, des petites boutiques de vêtements, de bijoux. J'aime beaucoup me balader. L'architecture est très jolie." La championne vit en périphérie de Dijon avec sa famille : ses parents, sa petite sœur - également gymnaste - et son frère. Une amie à elle l'a aussi rejoint comme elle le raconte dans le livre. Ici, Kaylia Nemour se projette même. Son aventure à Dijon ? "Cela ne fait que commencer."  Le sportif bien sûr. Mais pas seulement. Dans les dernières pages, elle évoque "[s]on vrai projet, c’est d’ouvrir un café-librairie !" "Pour démarrer, Dijon a le profil idéal."  Un projet qu'elle laisse actuellement dans un tout petit coin de sa tête. Mais bien là.